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 Ruptures avec la tradition républicaine

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Antone
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MessageSujet: Ruptures avec la tradition républicaine   Mar 15 Déc - 8:57

Un intéressant décryptage à partir des propos de M.Besson, par Gérard Noiriel
Directeur d'études à l'EHESS, Gérard Noiriel est signataire de l'appel pour dissoudre le ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale.Auteur d'«A quoi sert «l'identité nationale»», Ed. Agone, 2007. Prochain ouvrage : «le Massacre des Italiens», Fayard, janvier 2010.
Paru dans le

Les sept transgressions de besson
1«J'ai envie de lancer un grand débat sur les valeurs de l'identité nationale, sur ce qu'est être français aujourd'hui», Eric Besson, novembre 2009
- L'identité nationale est un concept qui est né avec la HP république, en 1870. La première véritable loi sur la nationalité date de 1889, ce qui est assez récent. Avant, on ne savait même pas vraiment qui était français ou non. C'était votre classe sociale qui primait. L'élite, les nobles avaient toujours été très mondialisés, cosmopolites. Ils faisaient fi des frontières, pratiquaient les mariages transnationaux. Pour eux, l'étranger, c'est alors le pauvre, le paysan, la classe laborieuse. Avec l'avènement de la démocratie de masse, le concept de citoyen évolue. On a intégré les paysans, les pauvres. Il faut donc trouver un autre bouc émissaire, quelqu'un à exclure. L'étranger remplira ce rôle. Michelet disait déjà que la France avait pris conscience d'elle-même quand elle avait combattu contre les Anglais. Sauf qu'il avait une vision révolutionnaire de la nation : pour lui, la France était la patrie de l'universel et devait s'ouvrir à l'extérieur. A la fin du XIXe, quand la question «Qu'est-ce qu'un Français ?» commence à être placée au coeur du débat, le pouvoir républicain adopte une définition plus conservatrice de la nation. La bourgeoisie, qui véhicule la notion de nation, n'est plus une classe révolutionnaire : elle est au pouvoir, dans un contexte d'affrontement avec l'Allemagne. Il faut défendre la nation française contre l'élément étranger. La thématique de l'identité nationale commence à être utilisée par les nationalistes et les antisémites. La notion de «Français de souche» vient de cette période. C'est Maurice Barrés qui exalte la terre, les racines. S'oppose au transfert d'Emile Zola au Panthéon, ce Zola, fils d'immigrés italiens, «qui ne pouvait sentir ni écrire français de par ses origines vénitiennes». Quant à la gauche, elle est gênée dans ce débat. C'est à ce moment que Jean Jaurès donne sa conception du patriotisme fondée sur l'ouverture et les droits de l'homme. Un siècle après, on ne sort toujours pas de cette opposition entre un axe national-sécuritaire à la Barrés et un patriotisme social-humaniste à la Jaurès.
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2 «Il serait bon que tous les jeunes Français aient une fois dans l'année l'occasion de chanter «la Marseillaise»», Eric Besson, mai 2009
- Cette crispation autour de «la Marseillaise» existe depuis qu'elle est devenue hymne national en 1880. A cette époque, il y a beaucoup de tensions envers les migrants italiens. La France et l'Italie sont en conflit à propos de la Tunisie, donc les Italiens sont perçus comme des ennemis de l'intérieur. En juin 1881, quand les soldats français, envoyés en Tunisie, arrivent à Marseille, les immigrés italiens sifflent l'hymne national. Cela provoque une chasse à l'immigré dans les rues de la ville pendant une semaine. Bilan : 3 morts. La xénophobie atteint son paroxysme en 1893, lors du pogrom d'Aigues-Mortes, qui causera une centaine de victimes. L'hôpital de Marseille refuse, de surcroît, d'accueillir les blessés italiens : une loi vient en effet de passer qui interdit l'accès aux soins aux étrangers. L'épisode fera scandale dans toute l'Europe. A cette époque, en France, le mauvais immigré, c'est clairement l'Italien. On parle de «nation dans la nation». C'est d'ailleurs l'origine de notre «droit du sol» : la loi de 1889 impose la nationalité française aux enfants nés en France, alors qu'auparavant le choix était laissé aux familles. Loi très mal reçue par l'Italie, qui nous reproche d'annexer sa population. Aujourd'hui, les enfants d'immigrés italiens ne sont plus considérés comme étrangers : c'est pour cela qu'on les tient pour de «bons immigrés». A la différence des «mauvais immigrés», qui ne respecteraient pas l'identité nationale... Les peurs se concentrent sur les musulmans. On le voit, c'est toujours l'actualité qui détermine les angoisses et la stigmatisation d'un groupe ou d'un autre.












3 «Le mariage gris, c'est une escroquerie sentimentale à but migratoire. Il devrait, à mon avis, être sanctionné de façon encore plus lourde que le mariage blanc», Eric Besson, novembre 2009
- Voilà pour le coup une innovation du gouvernement dont on ne trouve pas trace dans l'histoire ! Une innovation juridique de surcroît, puisqu'il semble difficile de jauger des sentiments d'une personne. La chasse aux mariages blancs, en revanche, date des années 1930. Rappelons qu'avant 1927 les femmes perdaient leur nationalité française en épousant un étranger. Après 1927, les conjoints étrangers d'une femme française peuvent devenir français par déclaration. Bref, pour les esprits méfiants, profiter de leur épouse pour devenir français : d'où cette suspicion autour des mariages de complaisance.


4 «Le problème de Calais, ce n'est pas qu'il y a trop de pression de la police sur les passeurs et sur les filières clandestines, mais qu'il n'y en a pas assez», Eric Besson, avril 2009
Dans les années 1930, toute une vague de réfugiés allemands ou polonais fuyant les pogroms ont trouvé asile en France. Ils n'auraient jamais réussi aujourd'hui : avec l'informatisation, les nouvelles technologies, les frontières sont beaucoup mieux contrôlées. A cette époque, la plupart des réfugiés étaient «sans papiers». La police accusait les juifs allemands de «tricher» sur le droit d'asile et d'être de faux réfugiés. Ces clandestins, terme inventé par l'extrême-droite, étaient à la merci d'un contrôle de police. Certains ont été expulsés pour des broutilles (un phare de vélo cassé, par exemple). Il y a eu des trains de Polonais renvoyés chez eux. Aujourd'hui, ce sont les charters d'Afghans. La France est le premier pays à avoir reconnu le droit d'asile en 1793. Elle était un peu une boussole en la matière. C'est bien fini. Dans les années 1930, malgré la crise, malgré la crispation autour des étrangers, nous étions le pays qui accueillait le plus de réfugiés au monde, avant les Etats-Unis, qui avaient déjà durci les procédures d'entrée !

5 «Plutôt que de laisser fermer les entreprises, nous démantèlerons la jungle», Eric Besson, septembre 2009
C'est l'éternelle rhétorique de l'étranger qui vole le travail des Français. Une thématique qui, comme l'identité nationale, surgit à la fin du XIXe siècle puisque auparavant il n'y avait pas vraiment de fonctions interdites aux non-Français. Ce qui explique que des étrangers comme Mazarin ou Necker aient pu diriger la France ! A la fin du XIXe siècle, on va commencer à exclure les étrangers de la médecine et de nombreuses autres professions. C'est incroyable de voir le nombre de décrets qui sont publiés dans ce sens ! Prenez nos chemins de fer. Ils ont été construits par des Piémontais, financés par des capitaux belges et anglais. Dans les années 1880, on oblige les travailleurs immigrés à se naturaliser. Même chose pour les patrons belges et anglais des conseils d'administration des sociétés de chemins de fer ! Plus tard, dans les années 1930, la fronde viendra des avocats et des médecins. Ils avaient cru protéger leur métier en interdisant l'accès aux non- naturalisés. Pas de veine : avec l'arrivée massive des immigrés d'Europe de l'Est, diplômés, et la vague de naturalisations consécutive à la loi de 1927, ils ont affaire à une nouvelle concurrence. Ce sont eux qui vont être en première ligne pour réclamer des réformes excluant les nouveaux naturalisés des professions libérales et de la fonction publique.


6 «Un parcours d'intégration dans notre pays passe par la maîtrise du français. Il ne faut pas attendre d'être en France pour s'en préoccuper», Eric Besson, février 2009
On exige des immigrants des choses qu'on n'aurait jamais osé demander auparavant. Si on avait dû appliquer ce précepte, il y aurait aujourd'hui 15 millions de Français en moins : les grands- parents de beaucoup d'entre eux, qu'ils soient italiens, portugais, polonais, arméniens ou algériens, sont arrivés sur le territoire français sans savoir un traître mot de notre langue. Il faut rappeler aussi qu'à la fin du Second Empire la moitié des habitants parlaient des dialectes locaux et ne comprenaient pas le français de Paris !


7 «Avec plus de 100 000 naturalisations par an, la France est toujours l'un des pays les plus généreux du monde», Eric Besson, novembre 2009
C'est faux. Il y a moins d'étrangers aujourd'hui qu'en 1997. Cela fait plus de trente ans qu'on a engagé une politique très restrictive de l'immigration. Ce qui, d'un point de vue historique, est la période de fermeture la plus longue qu'on ait jamais connue. Notre politique d'immigration a toujours fonctionné par vagues. On ouvre, on ferme. En 1927, on fait une loi qui facilite les naturalisations. Généreuse ? Non, pragmatique et utilitaire. Après la guerre de 14-18, qui a décimé la population active, la France fait face à une vraie crise démographique. Il faut donc faire venir du sang neuf. Après, en période de crise, évidemment cela se complique. La loi de 1927 va être très contestée et va mener à Vichy. Et à sa tristement célèbre politique de dénaturalisation. Après la Seconde Guerre mondiale, rebelote : on ouvre les vannes pour pallier le manque de main-d'oeuvre. Pendant les Trente Glorieuses, personne n'avait osé jouer avec le feu, on ne savait que trop que le nationalisme avait engendré les guerres. Mais dans les années 1980 un tabou se brise. Valéry Giscard d'Estaing lance sa politique antimigratoire. Le Front national, lui, réactive le discours national-sécuritaire. On se rend compte que ces provocations ne mettent pas en péril les institutions. La droite classique peut donc embrayer sans complexe sur cette thématique. Aujourd'hui, avec le ministère de l'Immigration et de l'Identité nationale, ce discours est carrément institutionnalisé. Du point de vue des droits de l'homme, le bilan de ce ministère est catastrophique : expulsions, arrestations d'enfants et incitation à la délation... Autre danger : la réforme de la naturalisation prévue par le ministère vise à décentraliser les procédures, alors qu'historiquement celles-ci étaient centralisées. Une réforme dénoncée par beaucoup, l'historien Patrick Weil en tête, qui risque de laisser cours à plus d'arbitraire. Et à bloquer l'accès à la nationalité dans certains départements qui croulent sous les demandes.

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vince
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MessageSujet: Re: Ruptures avec la tradition républicaine   Mar 15 Déc - 9:57

L'identité nationale est une notion qui veut tout dire et rien dire et mener aux pires extrémitées.

Par contre s'interroger sur ce qu'est être français, connaitre l'histoire de ce pays, quelles sont les valeurs républicaines, sa laïcité, ses droits et ses obligations vis à vis du pays ......... ......... Et aussi rfaire connaitre ce que ce pays à apporté de positif à l'histoire de l'humanité et ne pas renoncer à évoquer les dérapages qui ont eu lieu.

Ces aspects là sont important, parce que demain ne sera pas rose, les risques de conflits graves sont de plus en plus important et avoir des valeures communes est indispensable pour la cohésion nationale.

LE PS a joué la carte inverse, une vision plannante de l'homme ou tout le monde il est beau et gentil surtout les pauvres et les immigrés des pays sous développés. C'est une vision soit trop en avance en tout cas complètement déphasé vis à vis de la réalité quotidienne des français.

Ils vont encore perdre sur ce terrain par refus d'écouter les citoyens ...
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Antone
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MessageSujet: Re: Ruptures avec la tradition républicaine   Mar 15 Déc - 10:20

Le débat aurait pu être intéressant mais la ficelle politicienne est un peu grosse à quelques semaines des élections.

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