| | Excellent papier de l'Obs sur les héritiers.. | |
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Antone Administrateur


Age : 51 Inscrit le : 02 Sep 2004 Messages : 16358
 | Sujet: Excellent papier de l'Obs sur les héritiers.. Ven 4 Juil - 20:40 | |
| Enquête sur la caste des héritiers </SPAN> Leurs parents sont du même monde. Ils ont fréquenté les mêmes grandes écoles, se croisent, en vacances, dans des îles pour happy few, et souvent se marient entre eux. Ce sont les enfants de cette nouvelle aristocratie dont la fortune n'a cessé de croître ces dix dernières années. Un cercle de plus en plus fermé à la majorité de Français qui, pendant ce temps, peinent à se constituer le premier sou pour acquérir un logement. Jamais depuis la Belle Epoque, les écarts entre les patrimoines n'ont été aussi vertigineux Ils ont 20 ans à peine, et ils font mentir les statistiques sur les difficultés des jeunes à entrer dans la vie active. Jean Sarkozy, le fils cadet du président de la République, et Jessica Sebaoun-Darty, héritière de l'empire de la distribution, ont célébré leurs fiançailles le 15 juin. Ils ont échangé des cadeaux, diamant de chez Tiffany pour elle, montre Cartier pour lui. Les noces sont pour bientôt, et les Français ne manqueront pas d'y être conviés par presse people interposée. Dès le lendemain, le «prince Jean», jeune homme pressé, se catapultait à la tête du groupe UMP du conseil général des Hauts-de-Seine à la barbe des caciques du parti. A peine arrivé dans le jeu, voilà le dauphin premier servi. La mèche est certes blonde et juvénile, la recette n'en sent pas moins l'Ancien Régime. Elle pourrait jouer un mauvais tour politique à papa Nicolas. Il jurait n'être monté jusqu'à la cime qu'à la seule sueur de son front; il promettait d'inventer le «self-made-manisme» à la française pour, un dimanche de juin, apparaître en padre népotique. Le phénomène est déjà décrypté : les fils et filles de, les «FFD», sont partout. Debré, Panafieu, de Gaulle, Le Pen, mais aussi Arnault, Pinault, Lagardère, Bouygues. Brasseur, Gainsbourg, Garrel, Mastroianni, mais encore Delerm, Chedid, Depardieu, Dutronc, Enthoven, Lévy, Drucker. On pourrait en remplir un annuaire. Politique, business, cinéma, variétés, littérature et médias. La presse people tient chronique et les réseaux dorés s'exhibent sur Facebook : on n'ignore plus rien des relations endogamiques qui consolident l'élite. Tant et si bien que les FFDPPI, «fils et filles de personnes pas importantes», ont le sentiment d'une société bloquée où les privilèges sociaux se transmettent de père en fils.
La France avait réduit ses inégalités ces trente dernières années. Mais depuis une décennie les différences sociales réapparaissent en force, avec l'envolée des ultra-riches, les grands bénéficiaires de la financiarisation de l'économie. Bling-bling contre misère. D'un côté, la pauvreté prend de nouveaux visages : la mère seule à mi-temps ou le smicard qui fait les poubelles en fin de mois. De l'autre, la richesse sans complexe affiche parachutes dorés, bonus et stockoptions. Entre ce haut du panier et le reste du monde, le fossé se creuse. De 1998 à 2006, les revenus des Français ont augmenté de 6% en moyenne. Ceux des 350 000 foyers les plus riches (1% des ménages) ont progressé trois fois plus vite. Et, parmi eux, les 3 500 familles les plus fortunées ont vu leurs revenus augmenter de 42% en huit ans. Sur la seule année 2007, les salaires des patrons du CAC 40 ont gagné 40%. Pour Camille Landais, de l'Ecole d'Economie de Paris, «cette évolution met fin à vingt-cinq ans de stabilité dans la hiérarchie des salaires» et signe la concentration extrême du patrimoine. Si quelques golden boys de la finance et cadres hypermobiles réussissent à faire fortune très vite, le renouvellement de cette élite reste faible. Aucun créateur d'une société née de la bulle internet n'a réussi à se frayer un chemin jusqu'au CAC 40. Pas de petit Google ou de Microsoft à la française dans ce club, dont 17 des 40 membres restent des empires familiaux. Bien sûr, les fils à papa, ont toujours existé. «La Reproduction» et «les Héritiers», les classiques de Bourdieu et Passeron, sont quadragénaires. Mais chaque génération, depuis la guerre, pouvait espérer vivre mieux que la précédente. Les 3545 ans savent que ces temps sont révolus. Nés avec la crise pétrolière, élevés avec le chômage à deux chiffres, ils expérimentent collectivement le déclassement. «Pour les classes populaires, l'ascenseur social est panne, précise le sociologue Camille Peugnier, auteur d'un livre à paraître sur le sujet à la rentrée (1). Pour les milieux favorisés, il descend de plus en plus fréquemment.» Aujourd'hui, un enfant de cadre sur quatre est à 40 ans ouvrier ou employé. Alors qu'un sur sept seulement subissait ce «déclassement» en 1980.
Quand on ne peut plus compter sur le travail pour s'en sortir, on tape dans le capital. Un avantage décisif. Regardons le logement. «Aujourd'hui, la vraie différence entre deux foyers qui gagnent 2 000 euros par mois, c'est la situation immobilière : selon qu'ils ont ou non un loyer ou un prêt en cours, ils sont aisés ou modestes», explique Louis Chauvel, professeur à Sciences-Po. Les donations du vivant des parents sont un signe de ce que l'on appelle la générosité intergénérationnelle : les grands-parents aident financièrement, quand ils le peuvent, les enfants et petits-enfants pour acheter l'appartement, mais aussi pour changer la voiture, payer les vacances à la montagne. Lola et Paul ont 3 enfants. Elle est au chômage depuis plusieurs mois, il est prof. Ils gagnent 2 800 euros à eux deux. Et jouissent pourtant d'un magnifique loft, de vacances à l'autre bout du monde et d'un train de vie que leurs seuls revenus ne pourraient soutenir. «Mes beaux-parents ont largement contribué à l'achat de l'appartement, raconte Lola. Sans eux, on ne pourrait pas habiter à Paris. Et à chaque coup dur ils sont là.» En découle, évidemment, une dépendance prolongée. C'est donc le retour de la famille, de la lignée. Et la défaite de ce qu'on appelait, il y a bien longtemps, le «modèle méritocratique français». L'ascenseur social fonctionnait grâce à trois ressorts : l'école, l'impôt et la fonction publique. Trois piliers qui assuraient, en théorie, mobilité sociale et redistribution des richesses. L'école, dès la maternelle, promettait de compenser les inégalités culturelles. Illusion. Les grandes écoles sont désespérément homogènes socialement. Bien plus encore qu'il y a vingt ans. Selon un récent rapport du Sénat, seuls 9% des élèves de classes prépa sont issus d'un milieu défavorisé contre 29% en 1988 (lire l'interview de François Dubet, p. 24). «Ce système est à bout de souffle, analysent Emmanuelle Walter et Thomas Lebègue dans un livre au titre provocateur («Grandes Ecoles. La fin d'une exception française») à sortir en septembre chez Calmann-Lévy. Et pas seulement pour des raisons morales ou politiques : le recrutement malthusien des élites est inefficace économiquement. On aboutit à des nanoconfréries coupées des réalités.» En allégeant la fiscalité sur les transmissions (voir l'article de Nathalie Funès, p. 23), Nicolas Sarkozy valorise aussi l'hérédité. Travaillez plus pour gagner plus, certes, mais héritez, ce sera plus sûr. La fonction publique, enfin, par l'anonymat du, concours, permettait à chacun de tenter sa chance. «L'Etat employeur avait un vrai rôle de cohésion sociale et d'atténuation des inégalités», rappelle Marie Cartier, coauteur de «la France des «petits-moyens»» (la Découverte) . Mais les caisses de l'Etat sont vides. Avec le non-remplacement d'un départ à la retraite sur deux dans les trois prochaines années, le nombre de recrues dans la fonction publique devrait donc continuer de décroître (moins de 40 000 agents par an) . Autant de débouchés en moins pour les sans-réseau. Et le sentiment accru de deux France qui se concurrencent. D'un côté, les héritiers qui profitent de leur bonne fortune dès la naissance. Sans être forcément richissimes, ils cumulent les patrimoines : les mieux dotés socialement ont souvent aussi reçu héritage culturel et relationnel dans le berceau. Consuelo, la demi-soeur de Caria Bruni-Sarkozy, en sait quelque chose, qui vient de décrocher un «stage» auprès du conseiller diplomatique de l'Elysée, Jean-David Levitte, ainsi que la première dame le confirmait lors de son interview à «Libération». De l'autre, ceux qui en sont réduits à attendre ce que les assureurs appellent le «point oméga», par opposition au «point alpha», la naissance; ce jour un peu glauque où le notaire clôt la succession du dernier parent décédé. Avec l'augmentation de l'espérance de vie, l'avenir, pour ces «oméga-istes», dure longtemps. Catherine, la cinquantaine, se laisse parfois gagner par l'impatience. Elle vit sur la Côte d'Azur, de petits boulots saisonniers, toujours plus difficiles à trouver. Depuis quelques mois, elle est séparée du père de ses enfants, mais continue de vivre sous le même toit : «Je ne peux rien louer sans travail fixe, dit-elle. Ni acheter. A mon âge, personne ne me prêterait ce dont j'aurais besoin. Je n'ai plus qu'à attendre que ma mère meure, c'est triste, mais son argent me sauvera la mise.» Catherine, entre galère et culpabilité, s'inquiète surtout pour ses descendants : aura-t-elle un «petit capital» à leur léguer ? Transmettre. Coûte que coûte. Revient en mémoire «la Graine et le Mulet». Le film d'Abdellatif Kechiche raconte comment un vieil ouvrier tente envers et contre tout de créer un restaurant pour laisser quelque chose à ses enfants. Et son émouvante course contre la montre. Qui n'était pas de chez Cartier.
(1)«L'Epreuve du déclassement», Grasset.
Isabelle Monnin, Sophie Fay Le Nouvel Observateur _________________ C'était mieux aaaaaaaaavant
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|  | | Antone Administrateur


Age : 51 Inscrit le : 02 Sep 2004 Messages : 16358
 | Sujet: Re: Excellent papier de l'Obs sur les héritiers.. Ven 4 Juil - 20:41 | |
| De legs en legs La consécration de l'héritage La loi sur les successions n'a pas fini de creuser les inégalités. C'est même, estiment certains experts, à vingt, trente ou quarante ans que ses effets se feront le plus sentir Les lecteurs du «New York Times» n'avaient jamais vu une chose pareille. Une pétition signée par les plus gros nababs du pays. Cent vingt noms, pas un de moins, tous millionnaires, dont les enfants Rockefeller, George Soros, et le père de Bill Gates, avocat à la retraite. L'objet de la révolte ? La décision de George W. Bush, début 2001, de supprimer la death tax (littéralement «impôt sur la mort» ou en d'autres termes les droits de succession). «Ce serait une erreur terrible, équivalente à la décision de sélectionner l'équipe olympique de 2020 au sein des enfants des vainqueurs des Jeux de 2000», s'étaient indignés nos millionnaires en colère. Rebelote six ans plus tard, en France, avec un Nicolas Sarkozy, fraîchement élu à la présidence. Il l'avait promis durant la campagne : «Quand on a travaillé dur toute sa vie, qu'est-ce qui donne du sens ? Que ses enfants commencent un peu plus haut que soi-même. Je ne vois pas pourquoi on devrait payer des impôts sur l'héritage» («A vous de juger», France 2). Il l'a donc fait. La loi Tepa (pour le travail, l'emploi et le pouvoir d'achat) d'août 2007 a ainsi exonéré 95% des successions. Mais il n'y a pas eu un seul patron du CAC 40 pour venir s'en plaindre. C'est qu'en France l'héritage est sacré. Le Code civil, mis en place par Napoléon, a instauré deux principes toujours en vigueur : les enfants d'abord et l'égalité pour tous les bambins. «La façon dont un pays prélève et redistribue les richesses en dit long sur sa conception de l'équité, analyse Philippe Bruneau, président du Cercle des Fiscalistes et auteur de «Le travail ne paie pas» (Denoël). En France, 1 euro hérité est deux à trois fois moins taxé que 1 euro travaillé. Cela va à l'encontre de tout principe méritocratique.» Avant les récentes mesures, 80% des héritages en ligne directe n'étaient déjà pas taxés. Du fait des multiples exonérations (bois et forêts, biens ruraux, assurance-vie) et du montant des transmissions (100 000 euros en moyenne), un dixième seulement dépassent 550 000 euros. «A présent, on peut estimer que la taxation du patrimoine va être divisée par deux, indique Xavier Timbeau, économiste à l'OFCE. Cela va induire une dynamique des inégalités dont les effets se feront ressentir dans vingt, trente ou quarante ans.»
Nathalie Funès Le Nouvel Observateur _________________ C'était mieux aaaaaaaaavant
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|  | | ghjattuvolpa sdinticatu


Age : 38 Inscrit le : 16 Sep 2004 Messages : 3757 Localisation : Corsica
 | Sujet: Re: Excellent papier de l'Obs sur les héritiers.. Sam 5 Juil - 18:34 | |
| Très bon article. Une déclinaison sur le mode corse serait tout à fait bienvenue. Il ne faut pas oublier que cette situation a toujours existé chez nous. Elle s'appelle (en partie) le clan pour les réseaux politiques familoaux capables de capter la manne du fric public (postes etc...). Elle s'appelle de plus en plus héritage avec la valorisation des patrimoines fonciers et immobiliers. PLus que la rente publiques (retraites, pensions militaires) qui se sont épuisés, le rentes foncières et immobilières expliquent la répartition de la richesse en Corse. Les rentes industrielles ou revenus tirés d'une activité entreprenariale sont rares. Quant au salarié moyen même avec un revenu correct, il galère. Sans mes grands parents qui nous ont fait une donation dans les régles, on vivrait dans un studio, en se serrant la ceinture et sans pouvoir faire d'enfant. Il ne faut pas oublier la faiblesse des revenus du travail : on gagne moins de 3000 € pour un couple qui a une qualification très élevé (BAc +8 grande école et doctorat et Bac+5= deux DESS). Impossible d'augmenter nos revenus : mon salaire est lié à mon chiffre d'affaire, je peux pas obtenir plus à moins de travailler 16 heures par jour, on sous-facture (50%) par rapport au temps de travail car les clients ne peuvent pas payer. J'ai plus de 66% de mon chiffre d'affaire non payé au bout d'un an Après la banque de France titrera que l'économie corse va bien... _________________ ghustizia e libertà per Yvan |
|  | | absolut bastia Raaaaaaaaaaleur


Age : 42 Inscrit le : 18 Nov 2004 Messages : 5652 Localisation : dans mon bunker en 1ère ligne
 | Sujet: Re: Excellent papier de l'Obs sur les héritiers.. Sam 5 Juil - 19:55 | |
| En France le capital est moins taxé que le travail, (mème sous un gouvernement de gauche)
vaut mieux gagner au loto que se lever à 5H00 tous les matins pour aller au taf  _________________ only the best:
http://fr.youtube.com/watch?v=skYsnlILJXU&feature=related |
|  | | Antone Administrateur


Age : 51 Inscrit le : 02 Sep 2004 Messages : 16358
 | Sujet: Re: Excellent papier de l'Obs sur les héritiers.. Sam 5 Juil - 21:04 | |
| c'est la grande fracture. Pour la première fois depuis des décennies, les parents savent que leurs enfant s'en sortiront moins bien qu'eux sauf qu'il n'y a jamais autant eu de création de richesse spéculative et que quelques uns vont bénéficier de l'héritage _________________ C'était mieux aaaaaaaaavant
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|  | | ghjattuvolpa sdinticatu


Age : 38 Inscrit le : 16 Sep 2004 Messages : 3757 Localisation : Corsica
 | Sujet: Re: Excellent papier de l'Obs sur les héritiers.. Sam 5 Juil - 21:13 | |
| Oui mais il faut travailler plus pour gagner plus... En France on travaille pas assez dixit l'autre. En fait c'est qu'on veut faire travailler plus les gens en ne les payant pas plus pour contenter à court terme les patrons dans une tentative désespérer de rattraper les coûts de production chinois  _________________ ghustizia e libertà per Yvan |
|  | | Speranza Carlos Borges

Inscrit le : 12 Jan 2007 Messages : 1295
 | Sujet: Re: Excellent papier de l'Obs sur les héritiers.. Dim 6 Juil - 11:50 | |
| Juste une précision. Les prix de l'immobilier ayant quasiment été multipliés par trois en moins de 10 ans, il était normal que les abattements en cas de donation ou succession soient eux-mêmes triplés. Ce n'est pas une mesure pour les riches, c'est une mesure de justice sociale.
Par ailleurs les riches ne paient pas beaucoup d'impôts sur les successions car généralement ils connaissent les moyens de ne pas payer ou très peu payer d'impôts sur les successions (notamment au travers des assurances-vie). |
|  | | absolut bastia Raaaaaaaaaaleur


Age : 42 Inscrit le : 18 Nov 2004 Messages : 5652 Localisation : dans mon bunker en 1ère ligne
 | Sujet: Re: Excellent papier de l'Obs sur les héritiers.. Dim 6 Juil - 12:00 | |
| | Speranza a écrit: |
Par ailleurs les riches ne paient pas beaucoup d'impôts sur les successions car généralement ils connaissent les moyens de ne pas payer ou très peu payer d'impôts sur les successions (notamment au travers des assurances-vie). |
exact et pas que sur les droits de successions, les riches peuvent se payer les conseillers fiscaux qu'il faut pour se faire conseillé et défiscalisé un max.
Je pense pas qu'un Bernard Arnaud paie (proportionnellement à ce qu'il gagne) beaucoup plus d'impots que beaucoup ici.
Le système fiscal possède bien trop de niches pour avantager les plus riches. Au final c'est le gogo moyen qui trinque et paie en bon citoyen ses impots. _________________ only the best:
http://fr.youtube.com/watch?v=skYsnlILJXU&feature=related |
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